AMIANTE et les suites

Lundi 26 décembre 2005 1 26 /12 /2005 10:13
Le désamiantage du Clémenceau fait l'objet d'une vive polémique.
ci-dessous le communiqué publié le 23 décembre par le comité anti-amiante Jussieu et l'ANDEVA (voir sit andeva, dans les liens ci-contre)

Désamiantage du Clemenceau

Le ministère de la Défense confirme que le désamiantage en Inde ne respectera pas les conditions de sécurité réglementaires françaises. L’Andeva et le Comité Anti-Amiante Jussieu demandent au gouvernement de renoncer à faire partir le porte-avions.

L’Andeva et le Comité Anti-Amiante Jussieu ont pu vérifier ce matin que les prescriptions minimales de sécurité qui devraient s’appliquer si le porte-avions « Le Clemenceau » était désamianté en France, ne seront pas respectées en Inde, ou l’ex fleuron de la marine doit être démantelé.

Reçues ce matin au ministère de la Défense, après l’annonce, hier, d’un appareillage imminent, les associations ont pris connaissance de l’état du désamiantage conduit dans le port de Toulon et des conditions dans lesquelles il doit être achevé dans la baie d’Alang, en Inde, sous la responsabilité de la société SDI, contractante de l’Etat français.

Premier constat : le ministère de la Défense n’a pas été en mesure de justifier le fait que les 40 000 m2 amiantés de dalles de sol du navire n’ont pas été retirés en France. Cette opération qui peut parfaitement être réalisée ici car elle ne porte pas atteinte à la navigabilité du Clemenceau, risque, si elle est mal conduite, d’entraîner une contamination majeure du bâtiment. Or, il existe en France des entreprises compétentes pour la mener à bien, ce qui n’est évidemment pas le cas en Inde.

Second constat : concernant le désamiantage en Inde, aucun plan de retrait de l’amiante n’a semble-t-il été réalisé. C’est pourtant la clef de voûte de l’organisation d’un chantier pour qu'il respecte les conditions de sécurité. A l’instar de cette grave lacune et contrairement à l’engagement des autorités françaises, il apparaît clairement que l’achèvement du désamiantage de la coque sera très loin de respecter la réglementation française. Ainsi, sur des aspects fondamentaux de la prévention, comme la formation des ouvriers qui réaliseront les opérations, le contrôle du chantier en toute indépendance du maître d’œuvre et du maître d’ouvrage, ou encore le suivi médical des opérateurs, rien n’a été à ce jour prévu et organisé. Alors que le ministre du Travail vient récemment de rappeler à l’ordre les entreprises de désamiantage qui ne respectent pas la réglementation, il apparaît que le ministère de la Défense organise sciemment le contournement de celle-ci.

L’Andeva et le Comité Anti-Amiante Jussieu ont écrit ce jour au Premier ministre et au ministre de la Défense pour leur demander de renoncer à faire réaliser cette opération à hauts risques dans un pays qui ne possède ni la réglementation ni le savoir-faire technique.
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Mercredi 28 décembre 2005 3 28 /12 /2005 10:19
La polémique autour du désamiantage du Clémenceau continue.

Dans un communiqué le Comité anti-amiante Jussieu et l'Andeva s'étonnent qu'un projet français de désamiantage complet du porte-avions n'est pas été pris en compte

"Contrairement à ce que prétend le ministère de la défense, il existe un projet industriel pour désamianter et démanteler le Clemenceau en France. L’Andeva et le Comité Anti-Amiante Jussieu ont écrit ce matin au Premier ministre et au ministre de la défense pour leur demander de prendre en considération un projet industriel d'implantation en France d'une unité de traitement des navires en fin de vie pouvant traiter le Clemenceau qui a été soumis aux services du premier ministre en novembre 2003 et n'a jamais reçu de réponse!

Les représentants du ministère de la défense et de la marine ont expliqué, lors de leur rencontre avec l’Andeva et le Comité Anti-Amiante Jussieu du vendredi 23 décembre, que leur volonté au départ avait été de trouver une solution pour désamianter et démanteler le Clemenceau en France, qu'ils avaient demandé à la Direction des Chantiers Navals (DCN) d'effectuer ce travail, que la direction de la DCN ainsi que les syndicats de la DCN avaient refusé, qu'ils avaient ensuite essayé de trouver une entreprise française puis européenne susceptible de la faire, mais qu'ils n'en avaient trouvé aucune.

Or il s'avère qu'en novembre 2003, une entreprise de désamiantage française de taille importante a proposé au Secrétariat Général de la Mer, service du premier ministre, un projet industriel d' « assainissement des navires avant démolition, réhabilitation ou immersion ». Cette entreprise a remis un rapport dans lequel on peut lire « l'actualité du Porte Avions Clemenceau doit être positivée et devenir un facteur déclenchant pour une réforme nécessaire à la mise en oeuvre d'un projet industriel garantissant le traitement et l'éradication totale des déchets et polluants toxiques divers intégrés à la structure des navires, des produits toxiques utilisés à bord et des produits stockés ou transportés ».

Ce rapport contient « un schéma de principe de projet industriel pouvant être réalisé par l'adaptation d'une infrastructure de démantèlement sur un chantier naval choisit par l'Etat pour traiter en priorité les navires de la marine marchande et les bâtiments de la marine nationale. En option, ce schéma peut, pour des raisons techniques et de classification du site, du fait de la similitude des problèmes liés à l’amiante avec les navires, être utilisé pour assainir et décontaminer avant ferraillage, des milliers de voitures, motrices ou citernes de la propriété de la SNCF ou de la RATP ».

La proposition n'a jamais reçu de réponse! Les associations viennent donc d'écrire au premier ministre et au ministre de la défense pour lui demander de prendre en considération cette proposition.

Plutôt que de se débarrasser du Clemenceau dans des conditions désastreuses, il serait en effet judicieux d'en faire le point de départ d'un projet industriel innovant de traitement des navires en fin de vie. La création d'une telle filière en France répondrait au double souci du développement durable et de la création d'emploi. "
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Mardi 10 janvier 2006 2 10 /01 /2006 21:49
Dans un communiqué daté de ce jour, l'INRS demande l'arrêt de la campagne annuelle de spots publicitaires du Comité national contre le tabagisme, laquelle, selon l'INRS, risque de banaliser le risque amiante.
"La campagne annuelle du Comité national contre le tabagisme qui se déroule du 7 au 15 janvier 2006 se décline en trois spots publicitaires diffusés sur TF1 à des heures de grande écoute, note l'INRS. L’un de ces spots présente le tabac comme « 100 fois plus dangereux que l’amiante ». Cette comparaison, tout à fait critiquable sur le plan scientifique, est particulièrement mal venue".
Selon l'INRS, des matériaux contenant de l’amiante sont encore présents dans de nombreux bâtiments. "Selon leur nature et leur état de conservation, ces matériaux peuvent présenter des risques sanitaires importants pour les personnes intervenant en entretien, maintenance, rénovation ou destruction".
Une étude récente conduite par le ministère chargé du Travail, la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés et l’INRS a montré que 67 % des chantiers de retrait d’amiante n’étaient pas conformes aux exigences réglementaires. Pour l'INRS, "des situations inacceptables, mettant en danger la santé des travailleurs ont été pointées à cette occasion."
"Ce spot montrant des opérations de désamiantage et relativisant les risques liés à la présence d’amiante dans les bâtiments est donc particulièrement inadéquat."
Commentaire: jadis accusé d'avoir trainé les pieds pour sensibiliser sur le risque amiante, l'INRS fait actuellement montre d'une plus grande pugnacité dans des messages et ses prises de position sur le sujet, alertant notamment les pouvoirs publics sur les chantiers de désamiantage comme sur les fibres de substitution. L'argument selon lequel le tabac serait 100 fois plus dangereux que l'amiante - tout aussi stupide qu'une comparaison entre l'amiante et les accidents de la route- est à la fois maladroit, erronné, et surtout désolant, quand on sait que 3 000 personnées décèdent chaque année de l'amiante et que cette mortalité continue de croître...
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Mercredi 11 janvier 2006 3 11 /01 /2006 17:21
Le Comité national contre la tabagisme (CNCT) a décidé ce jour d'interrompre sa campagne de spots publicitaires sur TF1, qui présentait le tabac comme "100 fois plus toxique que la présence d'amiante dans les bâtiments". L'INRS (chargé de la prévention du risque amiante) se félicite de cette décision. L'INRS s'était mobilisé hier (voir article du 10 janvier) contre cette campagne de pub du CNCT, jugeant qu'elle minimisait gravement le risque amiante.
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Vendredi 13 janvier 2006 5 13 /01 /2006 18:41
Ce jour, le Comité ant-amiante Jussieu et l'Andeva ont adressé une lettre au Président de la République, lui demandant de faire rentrer immédiatement le porte-avions Clémenceau en France, afin qu'il soit désamianté. L'incroyable feuilleton du navire, parti pour l'Inde, bloqué un temps en Egypte, se poursuit, choquant de plus en plus l'opinion: comment le ministère de la défense a-t-il pu s'enferrer de la sorte, donant l'image d'un pays qui ne sait pas quoi faire de son amiante et qui envoie des carcasses en Inde, où le désiamantage risque de dérouler dans des conditons peu sûres? Selon nos informations, les Indiens risquent de l'acceuillir en faisant un batttage énorme. La France va-t-elle continuer de se ridiculiser de la sorte?

Voici l'intégralité de la lettre du Comité AA de Jussieu et de l'Andeva à J. Chirac

Paris, le 13 janvier 2006 Monsieur le Président,

En décidant de faire effectuer le désamiantage du Clemenceau dans un pays qui ne possède aucune réglementation en ce domaine, ni aucun savoir faire sur cette activité à hauts risques, votre gouvernement a pris une grave décision.
Celle-ci met en danger la sécurité des ouvriers indiens, porte atteinte à l’image de la France dans le monde et enlève toute crédibilité à l’Etat français en matière de prévention du risque amiante sur notre territoire.
En effet, en s’affranchissant de la réglementation qu’il a lui-même édictée, l'Etat incite les entreprises et propriétaires privés à faire de même.
En outre, cette décision viole la convention de Bâle signée par la France, convention qui organise le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et interdit l'exportation de déchets dangereux par un pays qui possède les moyens techniques de les traiter lui-même.
Elle viole aussi la réglementation européenne qui interdit purement et simplement l'exportation de déchets dangereux vers des pays qui ne font pas partie de l'OCDE ainsi que la réglementation française qui interdit toute exportation de produits contenant de l'amiante.
Exciper, comme le fait le ministère de la Défense, du classement comme matériel de guerre de la coque de l'ex-porte-avions pour s'affranchir de toutes ces réglementations, constitue un détournement de la loi.
Nous avons pu constater, lors de notre entrevue du 23 décembre dernier au cabinet de la ministre de la Défense qu'aucune mesure n'avait été prise pour s'assurer que les prescriptions minimales de sécurité imposées par la réglementation française seraient respectées sur le chantier indien.
Ainsi, aucun plan de retrait de l’amiante décrivant précisément l’organisation du chantier ainsi que les techniques et les procédures utilisées n’a été réalisé. La formation et le suivi médical des ouvriers n'ont pas été prévus. Quant au contrôle de la sécurité sur le chantier, il est confiée à l'entreprise de droit panaméen SDI, qui est précisément celle qui paie les travaux et a donc tout intérêt à ce qu'ils reviennent le moins cher possible.

Le gouvernement commet une erreur en ne tenant pas compte des avertissements qui lui arrivent de toutes parts et en pensant qu’il pourra malgré tout se débarrasser du Clemenceau dans ces conditions particulièrement choquantes.
Les sénateurs s’étaient exprimés de façon particulièrement claire dans le rapport de la mission sénatoriale sur « le drame de l’amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer desleçons pour l’avenir » remis cet automne.
Ils avaient formulé, en introduction de ce rapport, le souhait que « les sous-marins de notre force de dissuasion et nos porte-avions ne [soient] pas promis aux désamianteurs aux pieds nus des chantiers indiens de démolition ».

Le 10 janvier, le Président et le Rapporteur de la mission d'information sur l'amiante de l'Assemblée Nationale ont eux-mêmes écrit au Premier ministre « afin, notamment, de l'interroger sur les mesures prises ou envisagées pour que ne se renouvelle plus une situation aussi incertaine que celle que connaît le Clemenceau »
Ils ont indiqué qu'ils « souhaitent connaître les choix qui seront effectués pour que la France mette en place une filière de démantèlement qui réponde aux principes adoptés dans le cadre de la Charte de l'Environnement et plus particulièrement son article 10 qui précise que ce texte « inspire l'action européenne et internationale de la France » et « souligne la nécessité de respecter les engagements internationaux auxquels est lié notre pays et plus particulièrement la Convention de Bâle sur les mouvements transfrontières de déchets dangereux ».

En Inde même, l'attitude de la France suscite des réactions d'indignation et le Comité de surveillance des déchets dangereux de la Cour Suprême, a regretté, le 6 janvier dernier que la France n'ait pas transmis des informations fiables sur la quantité d'amiante à bord du Clemenceau, a estimé que la France violait la convention de Bâle et a recommandé de ne pas laisser le Clemenceau entrer dans les eaux territoriales indiennes jusqu'à ce qu'un avis final soit donné à la Cour Surprême le 20 janvier.

Nous pensons qu’il n’est pas raisonnable pour le gouvernement d’attendre que ce soit les tribunaux indiens qui rappellent à la France ses engagements internationaux.
Au-delà des questions de droit, il est éthiquement et moralement condamnable qu’un pays comme la France se débarrasse de ses déchets toxiques dans un pays moins développé qui n’a pas les moyens de les traiter en respectant la sécurité de ses ouvriers et l’environnement.

Plutôt que de se débarrasser du Clemenceau dans ces conditions désastreuses, il nous semble qu’il serait judicieux d'en faire le point de départ d'un projet industriel innovant de traitement des navires en fin de vie.
La création d'une telle filière en France répondrait au double souci du développement durable et de la création d'emplois.

Pour toutes ces raisons et connaissant votre engagement pour l’avenir des pays en voie de développement et vos inquiétudes pour l’environnement, nous vous demandons, Monsieur le Président, d'intervenir pour mettre un terme à cette opération absurde, illégale et moralement inadmissible.
Nous vous demandons solennellement de décider de faire ramener dès maintenant le Clemenceau en France pour y faire effectuer le désamiantage.
Restant à votre disposition pour vous apporter toute précision que vous jugerez utile nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre considération.
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