Incinérateurs et dioxines

Lundi 5 juin 2006 1 05 /06 /2006 17:58
Dans un article scientifique paru récemment dans la revue "Environmental science et technology", le professeur Jean-François VIEL et de son équipe du CHU de Besançon, complètent les études menées jusqu'à présent, qui avaient mis à jour un excès de cas de certains cancers (principalement les lymphomes malin non hodgkiniens) dans la proximité de l'incinérateur de Besançon (voir le livre Les Empoisonneurs sur toute ces travaux).
Il avait également établi une cartographie de ces cancers qui semblaient augmenter en se raprochant des retombées probables des dioxines, liées aus panaches des fumées de l'incinérateur. Dans sa nouvelle étude, le Pr Viel enfonce le clou: des mesures dans les sols ont permis d'établir des traces de dioxines, le lien entre le risque accru de cancers (lymphomes malins non hodgkiniens) avec les concentrations fortes de dioxines semble de mieux en mieux établie (le risque est de 2,5 fois plus elevé) et la source des dioxines (l'incinérateur) de plus en certaine. Conclusion: sans être une preuve absolue, cette étude importante renforce la probabilité d'un lien entre la survenue de ces cancers et les rejets de dioxines de l'usine.

Contact : Professeur Jean-François VIEL Faculté de Médecine et de Pharmacie, Besançon Téléphone : 03 81 21 87 38 Fax : 03 81 21 87 35 Courriel : jean-francois.viel@ufc-chu.univ-fcomte.fr "Dispersion Modeling as a Dioxin Exposure Indicator in the Vicinity of a Municipal Solid Waste Incinerator: a validation study" Environ. Sci. Technol. 2006, 40, 2149-2155.

ci-dessous le communiqué de presse du professeur Jean-François Viel sur le sujet

Des dosages de dioxines dans les sols autour de l’usine d’incinération d’ordures ménagères de Besançon renforcent l’hypothèse d’un lien avec la survenue de lymphomes malins non hodgkininens.

Par le terme «dioxines», on désigne les polychlorodibenzo-p-dioxines (PCDD) et les polychlorodibenzofuranes (PCDF) qui appartiennent à la famille des hydrocarbures aromatiques polycycliques chlorés. Il existe un très grand nombre de formes chimiques (ou « congénères ») dont la plus toxique (la 2,3,7,8 TCDD, appelée également « dioxine Seveso »), est considérée depuis 1997 par le Centre International de Recherche contre le Cancer (OMS) comme une substance cancérigène pour l’homme.

Toutefois, la responsabilité des dioxines à faibles doses environnementales (et non à doses accidentelles ou professionnelles) dans la survenue de cancers à proximité d’une usine d’incinération d’ordures ménagères est toujours débattue.

En 1998, un rapport du Ministère de l’Environnement révélait que les émissions gazeuses de dioxines par l’usine d’incinération de Besançon s’élevaient à 16 ng I-TEQ/m 3 (alors qu’une directive européenne de 1994 fixe le niveau d’émission à 0,1 ng I-TEQ/m 3 ). 1

Une première étude épidémiologique a mis en évidence un regroupement significatif de lymphomes malins non hodgkiniens autour de l’incinérateur d’ordures ménagères de Besançon. 2 Ce résultat a généré une nouvelle hypothèse : outre la source de contamination alimentaire bien documentée pour la population générale, n’y aurait-il pas un risque spécifique pour la population résidant à proximité d’une usine d’incinération via une exposition aérienne directe (par inhalation ou contact cutané) ou indirecte (par la consommation de denrées alimentaires produites localement) ?

Une deuxième étude épidémiologique (de type cas-témoins), a ensuite comparé l’exposition aux dioxines de patients atteints de lymphome malin non hodgkinien et de témoins de population, à partir des coordonnées de leurs lieux de résidence et des rejets aériens de dioxines par l’usine d’incinération d’ordures ménagères bisontine. 3

Un modèle de diffusion atmosphérique, estimant les retombées de dioxines au sol, a permis de définir quatre zones d’exposition croissante. Sur la période 1980-1995, le risque de développer un lymphome malin non hodgkinien était 2,3 fois plus élevé pour les individus résidant dans la zone classée comme la plus exposée aux retombées de dioxines que pour ceux habitant la que ce risque n’était pas majoré pour les deux zones d’exposition intermédiaire.

Une des limites de l’étude était représentée par le modèle de diffusion atmosphérique lui-même, bien qu’il tienne compte de nombreux paramètres, tels que la topographie de la zone, les paramètres météorologiques du site (rose des vents) et les caractéristiques de l’incinérateur (hauteur et géométrie de cheminée, flux et concentration de polluants). En effet, aucun dosage de dioxines dans les sols n’avait été effectué à cette époque pour le valider, faute de moyens.

La pertinence des quatre classes d’exposition et l’existence d’un seul point source de dioxines (l’usine d’incinération) restaient donc à confirmer.

La présente étude, publiée dans la revue américaine « Environmental Science & Technology », permet de répondre par la positive à ces deux interrogations. Soixante-quinze prélèvements de sols ont été effectués selon un plan d’échantillonnage prenant en compte les caractéristiques géologiques et topographiques de la zone considérée, ainsi que le modèle de diffusion atmosphérique (cf. Figure).

Dans ces échantillons, les concentrations en dioxines sont comprises entre 0,25 et 28,06 pg I-TEQ/g de matière sèche. Une interaction inattendue entre les concentrations en dioxines et la topographie est mise en évidence (cf. Tableau). La topographie se révèle en effet assez contrastée à Besançon, simple (pentes modérées et régulières) au Nord-Est et complexe (pentes plus tourmentées) au Sud-Ouest de l’usine d’incinération.

On note une relation croissante entre les 4 classes d’exposition modélisée à partir de la diffusion atmosphérique et la concentration dans les sols, en topographie simple. Par contre, en topographie complexe cette relation n’est pas observée.

La pertinence des quatre classes d’exposition est donc validée uniquement au NordEst de l’usine. Il se trouve que l’enquête cas-témoins précédente a porté très majoritairement sur cette zone (90% des cas et 91% des témoins), et qu’une nouvelle analyse sur ces seules données conduit à un risque de lymphome malin non hodgkinien légèrement augmenté (passant de 2,3 à 2,5).

Par ailleurs, la répartition des 17 congénères toxiques, au sein d’un même prélèvement constitue la « signature » d’une source d’exposition. Les données détaillées recueillies ont permis, à l’aide d’analyses statistiques complexes, de rechercher des profils différents, pouvant caractériser chacun une origine distincte de dioxines. Un profil identique est retrouvé pour tous les prélèvements, montrant sans ambiguïté l’existence d’une unique source d’exposition sur la zone d’étude (l’incinérateur). Toute autre source, ponctuelle ou diffuse (circulation automobile...) ne peut donc pas expliquer les résultats épidémiologiques obtenus.

Cette étude renforce donc l’hypothèse d’une association entre l’exposition environnementale à la dioxine et la survenue de lymphomes malins non hodgkiniens.
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Vendredi 16 juin 2006 5 16 /06 /2006 08:59
Suite aux études du Pr Viel, dont nous avons parlé la semaine passée sur ce site, celui-ci a annoncé avoir découvert des oeufs contaminés à la dioxine près de l'incinérateur de Besançon. Des mesures d'interditio nde consommation ont été prises. Voir ci-dessous l'article paru ce jour dans le figaro.

Découverte de dioxines dans des oeufs à Besançon

Yves Miserey
15 juin 2006, (Rubrique Sciences & Médecine)

L'autoconsommation des oeufs provenant de poulaillers domestiques est provisoirement interdite à proximité d'un incinérateur.

DES OeUFS collectés dans trois poulaillers domestiques en plein air se trouvant dans la zone située sous le panache de l'usine d'incinération des ordures ménagères de Besançon (Doubs) contiennent des taux de dioxine supérieurs aux normes, et même très nettement supérieurs à la teneur maximale autorisée dans le secteur le plus exposé, au nord-est de l'installation. Les dioxines sont des produits chimiques toxiques essentiellement formés lors de combustions incomplètes, qui s'accumulent dans les graisses tout au long de la chaîne alimentaire.

«J'ai tout de suite alerté la préfecture, la mairie et la direction régionale des affaires sanitaires et sociales», confie Jean-François Viel, épidémiologiste à l'université de Besançon (Doubs). Il avait financé ces analyses dans le cadre des recherches qu'il mène avec son équipe depuis huit ans sur l'impact sanitaire des rejets de l'incinérateur bisontin et il a été le premier surpris de ces taux. En effet, l'incinérateur de Besançon respecte les nouvelles normes de rejet rendues obligatoires depuis le 28 décembre 2005.

Les analyses ont été effectuées par un laboratoire lyonnais agréé par le ministère de l'Agriculture. Hier, lors d'une réunion à la préfecture, il a été convenu d'en réaliser de nouvelles pour vérification. Les services vétérinaires vont également essayer de déterminer avec précision les causes de la contamination (les incinérateurs ne sont pas l'unique source de dioxines). Les résultats devraient être connus dans un ou deux mois. En attendant, les propriétaires des poulaillers vont devoir renoncer à manger les oeufs de leurs poules.

Le scandale suscité par les rejets de dioxines des incinérateurs de Gilly-sur-Isère (Savoie), Gien (Loiret) et Maincy (Seine-et-Marne) avait déjà amené l'Afssa (Agence française de sécurité sanitaire et des aliments) à s'interroger sur tout ce qui pouvait contribuer à aggraver la contamination en dioxines des oeufs produits dans des élevages de plein air de particuliers. Dans une étude rendue publique en décembre 2005, l'Afssa cite notamment l'apport de cendres de bois traité au sol pour renforcer la solidité des coquilles, la nourriture donnée par terre plutôt que dans une mangeoire, le fait de donner des épluchures de fruits ou de légumes non lavés et donc contaminés, le fait que les animaux restent longtemps à l'extérieur, etc.

Pollution longue durée

En conclusion, les experts évoquaient l'hypothèse que si l'on arrivait à fixer des seuils de concentration de dioxines dans les sols, on pourrait parvenir à savoir si, dans ces zones, l'élevage de volailles en plein air et la consommation des oeufs est sans danger. Le problème est complexe, car les dioxines ont une longue durée de vie dans les sols et, dans le passé, les rejets ont été largement plus abondants qu'aujourd'hui.

«Si on avait cherché en aveugle, on n'aurait sans doute rien trouvé», note Jean-François Viel. Après huit ans de travaux sur l'impact sanitaire de l'incinérateur de Besançon, l'équipe qu'il dirige accumule les résultats. En 2000, ils ont mis en évidence un excès de cancer des ganglions (lymphome malin non hodgkinien) à proximité de l'installation. Deux ans plus tard, ils ont calculé que le risque de développer un cancer des ganglions est 2,3 fois plus élevé pour les habitants de la zone la plus exposée aux retombées de dioxines que pour ceux résidant dans le secteur le moins exposé. Ils viennent de démontrer (1) que les sols les plus contaminés se trouvaient au nord-est de l'usine, là justement où les lymphomes sont les plus nombreux et où les oeufs contiennent des taux élevés de dioxines. Il faut aller voir sur le terrain et s'intéresser de près aux habitudes de vie locales chacun et notamment à l'alimentation des populations, principal facteur de contamination. C'est la principale leçon de cet épisode inattendu survenu hier.
(1) Environmental Science and Technology, vol. 40, n°7, 2006.
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Jeudi 19 octobre 2006 4 19 /10 /2006 16:09
L'association des victimes des pollutions de Gilly-sur-isère se bat contre l'oubli et l'enterrement de première classe du dossier judiciaire sur l'incinérateur de la ville. Cinq ans après l'arrêt de l'usine polluante, l'ACALP organise une conférence de presse demain sur place.
Ci-dessous leur communiqué de presse.


CONFERENCE DE PRESSE  ACALP
Vendredi 20 octobre 2006 à 14 heures
devant l'incinérateur de gilly sur isere
 
La catastrophe de GILLY SUR ISERE,
cinq ans après la fermeture de l'incinérateur :
Une volonté politique de banalisation du mal
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L'Association Citoyenne Active de Lutte contre les Pollutions (ACALP) vous invite à une conférence de presse pour faire le point de la situation 5 ans après la pollution massive de l'environnement par la dioxine.
 
L'ACALP doit en effet faire face à des attaques sans précédents qui visent à « dédramatiser » la catastrophe de GILLY SUR ISERE.
 
●      Le procureur de la république se répand dans la presse pour dénigrer le travail de ses collègues de l'instruction et viole le secret de l'instruction pour dédouaner les responsables de la catastrophe et entraver la sérénité du travail du magistrat instructeur.
 
●      Le Ministre CLEMENT a refusé de lui accorder le statut d'association de victimes de manière à l'exclure de la procédure pénale qu'elle a pourtant été la seule à porter.
 
●      L’ACALP ainsi que l’association Alliance, la CFDT, la Confédération Paysanne sont  déclarés irrecevables par le juge d’instruction.
 
●      Le pourvoi contre l'annulation de la mise en examen du préfet BISCH est juridiquement impossible car le Parquet général n'a pas formé de pourvoi : comme dans l'affaire de l'amiante, les textes protègent les délinquants en col blanc...
 
●      L'étude médico-légale n'a procédé qu'à des analyses de sang alors que les dioxines sont hydrophobes : elle se fixent dans les graisses ; les parties civiles demandent des analyses des tissus graisseux de toutes les personnes malades ou décédées.
 
●      Une étude épidémiologique complémentaire, comparant le nombre de cancers de la zone contaminée par rapport à celle d'une zone neutre, n’a pas été réalisée : à l’inverse, le procureur tente de limiter la pollution dans un secteur d'un kilomètre autour de l'usine. Comme pour TCHERNOBYL, le nuage de dioxines et de métaux lourds se serait arrêté à la limite des zones habitées !
 
Des animations seront organisées dont un lâcher de ballons*  à l’issue de la conférence de presse, symbolisant la dioxine et autres polluants emportés par le vent pendant des années.
* en latex naturel 100 % biodégradable
 
Pour tout renseignement complémentaire,
Merci de téléphoner à Mme Dominique FREY téléphone 06 87 49 64 06 – après 17 h
 
 
Association Citoyenne Active de Lutte contre les Pollutions
Mairie - CD 925 - 73200 GRIGNON
www.acalp.org
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Lundi 4 décembre 2006 1 04 /12 /2006 17:51
L'institut de veille sanitaire a fait paraître les premiers résultats de son étude nationale sur l'imprégnation par la dioxine de la population vivant près des incinérateurs. Ci dessous son communiqué de presse et l'accès au rapport complet

Imprégnation par les dioxines et incidence des cancers à proximité des usines d’incinération d’ordures ménagères.

Dossier de presse. 30 novembre 2006


A la suite de plusieurs crises sanitaires déclenchées par l’inquiétude des populations vivant au voisinage d’incinérateurs, l’Institut de veille sanitaire (InVS) et l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) ont publié en 2003 des rapports recommandant la réalisation de deux études épidémiologiques à l’échelle nationale. Ces études ont été réalisées et leurs premiers résultats ont été rendus publics aux Journées de veille sanitaire de l’InVS le 30 novembre 2006.

L’étude « Cancers » a mis en évidence un lien statistique (relation exposition/risque) entre le fait de résider sous le panache d’incinérateurs anciens et la survenue de plusieurs cancers (foie, lymphome non hodgkinien, sarcome des tissus mous, sein). Ce lien est du même ordre de grandeur que celui que l’on observe entre la pollution atmosphérique et le cancer du poumon (excès de risque de 5 à 10 %).

L’étude « Imprégnation » montre que les taux de dioxine mesurés aujourd’hui dans le sang des personnes vivant au voisinage des incinérateurs ne sont pas plus élevés, statistiquement, que chez des personnes non exposées. On constate cependant que les agriculteurs consommateurs de produits animaux locaux (viande, laitages, œufs) vivant au voisinage d’incinérateurs anciens ayant beaucoup pollué ont un taux de dioxines plus élevé, statistiquement, que les personnes non exposées. Cette différence n’est pas retrouvée au voisinage des incinérateurs aux normes.

Le lien statistique retrouvé dans l’étude « Cancers » ne permet pas, à lui seul, d’établir une causalité entre les émissions polluantes des incinérateurs et le cancer, mais il vient à l’appui d’autres études qui vont dans le sens de cette hypothèse. Par ailleurs d’autres substances que les dioxines peuvent être impliquées : métaux, hydrocarbures aromatiques polycycliques, poussières. Enfin, ce lien reflète une situation d’exposition ancienne (années 70 et 80) très différente de la situation actuelle car les incinérateurs sont aujourd’hui mieux contrôlés et moins polluants. Les résultats de l’étude Imprégnation, qui reflètent une exposition plus récente (années 90 et 2000), illustrent cette amélioration.

Le détail des études est disponible dans les documents suivants :

Étude d’imprégnation par les dioxines des populations vivant à proximité d’usines d’incinération d’ordures ménagères. Synthèse des résultats. Novembre 2006
Synthèses des résultats. Plaquette.
65 questions-réponses sur les incinérateurs et les dioxines.

Incidence des cancers à proximité des usines d’incinération d’ordures ménagères. Premiers résultats
Plaquette. Premiers résultats.
Note de synthèse sur les résultats préliminaires

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