AMIANTE et les suites

Mardi 31 janvier 2006 2 31 /01 /2006 17:54

A lire: la suite du feuilleton du porte-avions Clémenceau, avec cet article du Monde daté du 1er février, qui rend compte de l'audience du 31 janvier, dont le jugement est attendu le 2 février.

L'amiante du "Clemenceau", entre secret-défense et secret commercial

LE MONDE | 01.02.06 | 14h41  •  Mis à jour le 01.02.06 | 14h41

Il y avait "beaucoup de monde", mardi 31 janvier, dans la petite salle numéro 3 du tribunal de grande instance de Versailles, comme l'a fait remarquer, un brin amusé, le vice-président Marc Janin. Une dizaine d'avocats en tout. L'objet de cette attention ? L'ancien porte-avions Clemenceau, qui fait route vers l'Inde où il doit être démantelé. Et, plus précisément, la quantité d'amiante encore présente à bord. En reste-t-il 45 tonnes, 500 ou 1 000 ? Cinquante tonnes correspondent à"l'équivalent de ce qu'on retire d'une tour de la Défense", rappelle Michel Parigot, président du Comité antiamiante de Jussieu. Plusieurs associations s'opposent à la réalisation de ces travaux en Inde au nom de la santé des ouvriers exposés aux fibres cancérogènes. Elles savent que les conditions de travail sont plus déterminantes que le tonnage traité, mais dénoncent ce qu'elles qualifient de "mensonge" de l'Etat et utilisent la controverse pour tenter de faire rentrer le navire en France.

Le secret du Clemenceau n'a pas été percé à Versailles. L'audience a même pris des allures de poker menteur. Car, dans cette affaire, chacun annonce des chiffres sans dévoiler son jeu. La société de désamiantage Technopure, qui a effectué d'importants travaux à bord, a ainsi affirmé dans la presse française et indienne que le Clemenceau contenait toujours 500 à 1 000 tonnes de produits amiantés. Mais elle n'a pour l'instant fourni aucun document étayant ses dires. Ceci au nom du"secret des affaires", selon l'avocat de l'entreprise, Me Alain Boffard.

Technopure avait été chargée du désamiantage du Clemenceau par la Ship Decommissioning Industry (SDI), elle-même choisie par l'Etat pour mener à bien le démantèlement de l'ancien porte-avions. Après avoir retiré 70 tonnes d'amiante de la carcasse, Technopure a été remplacée par une seconde société, Prestocid. Technopure est aujourd'hui en conflit avec la SDI et lui réclame 3 millions d'euros pour "préjudice commercial subi", a rappelé Me Boffard.

De son côté, l'Etat affirme que 45 tonnes d'amiante restent à bord. A en croire le ministère de la Défense, 115 tonnes ont été retirées par les deux sous-traitants successifs, sur les 160 présentes à l'origine. Là encore, aucun inventaire à l'appui de ces chiffres. A plusieurs reprises, les associations ont demandé une expertise indépendante, mais sans succès. De plus, l'Etat s'oppose à toute divulgation d'information sur le Clemenceau.

Devant le tribunal de Versailles, Me Joël Alquezar, son conseil, a réclamé le blocage d'une expertise ordonnée par ce même tribunal, qui visait à communiquer aux associations les documents que la société Technopure affirme détenir. Sur la même ligne que l'Etat, l'avocat de SDI, Me Jean-Michel Morinière, a parlé d'une mission "impossible" confiée aux experts. "Technopure a travaillé dans seulement dix zones du navire et n'a effectué aucune évaluation de la quantité d'amiante totale. Comment pourraient-ils communiquer des éléments dont ils ne disposent pas ?", a-t-il interrogé.

"On nous oppose d'un côté le secret-défense, de l'autre le secret commercial, a plaidé Me Michel Ledoux, l'avocat d'une des associations. On nous reproche d'essayer d'obtenir des documents incomplets. Mais, dans cette affaire, nous poursuivons un seul objectif : celui de la transparence."Le tribunal doit rendre sa décision jeudi 2 février.
Gaëlle Dupont

-Pour mieux comprendre ce conflit juridique, nous publions ci-dessous le communiqué paru le 30 janvier, la veille de cette audience, émanant de l'Andeva et du Comité anti-amiante Jussieu :

Communiqué de presse 30 janvier 2006
CLEMENCEAU : L’Etat Français ne veut pas d’une expertise sur la quantité d’amiante encore présent dans le porte-avions

C’est un nouvel épisode judiciaire dans l’affaire du Clemenceau, qui se tiendra demain mardi 31 janvier, à 10 heures, devant le tribunal de grande instance de Versailles. L'Etat français assigne les associations (1) qui ont obtenu de ce même tribunal, le 11 janvier dernier, la désignation de deux experts indépendants chargés de procéder à une expertise des documents en la possession de la société Technopure (2) permettant d'évaluer la quantité d’amiante encore présente dans la coque de l’ex porte-avions.
Ainsi, au lieu de jouer la transparence sur cette question très importante pour la santé et la sécurité des travailleurs indiens, le gouvernement choisit une fois de plus de contester une décision de justice en faisant jouer sa tierce opposition et en tentant de faire arrêter l’expertise en cours. Celle-ci devait être rendue avant le 15 février prochain Le gouvernement français exprime lui-même avec le plus grand cynisme ses motivations dans la demande faite au Tribunal: « l'existence d'un tel rapport d'expertise créerait un dommage à l'Etat puisque celui-ci pourrait être présenté à la presse sans ses tenants et aboutissants et surtout être présenté à la Cour Suprême Indienne qui doit statuer sur la légalité de l'importation « CLEMENCEAU » en Inde aux fins de désamiantage » .

Si l'existence d'un rapport d'expertise indépendant est à ce point gênant pour le gouvernement c'est qu'il sait qu'il ment quand il prétend que la coque de l'ex Clemenceau renferme seulement 45 tonnes d’amiante et qu'il veut pouvoir continuer à mentir à la Cour suprême indienne sans risquer d'être contredit. Il a en effet jusqu'à ce jour refusé de fournir un audit indépendant à cette Cour, qui doit rendre son verdict le 16 février prochain et risque de refuser l’accès à ses eaux territoriales à l’ex fleuron de la Marine nationale. Il lui faut donc éviter à tout prix que l’expertise des pièces de la société Technopure qui avait fait une évaluation de la quantité d’amiante présente à bord en vue d’établir ses propositions de devis, puisse être exploitée.
Ce nouvelle manœuvre dilatoire du gouvernement français démontre si cela était nécessaire sa mauvaise foi sur la gestion de ce dossier. En effet, si comme le prétend le ministère de la Défense, il respectait la réglementation française en matière de désamiantage, un repérage dl'amiante et un plan de retrait précis aurait dû être effectué avant le début des travaux et les associations n’auraient pas besoin de recourir à la justice pour connaître la quantité d’amiante à retirer du porte-avion.
L’Andeva et le Comité Anti-Amiante Jussieu mettent en demeure le Premier ministre de produire ces documents pour mettre un terme à ce qui risque d’apparaître bientôt comme un nouveau mensonge d'Etat dans l’affaire de l’amiante, une affaire qui en comporte déjà beaucoup.


Gaëlle Dupont
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Lundi 13 février 2006 1 13 /02 /2006 12:22
Lu, ce jour, sur le site de RTL:

Le Clemenceau contraint à une nouvelle expertise

La Cour suprême indienne a tranché lundi matin : le Clemenceau n’est pas autorisé pour l’heure à entrer dans les eaux territoriales du pays. Elle a demandé une nouvelle expertise visant à déterminer la nature exacte des matériaux composant l’ex porte-avions français avant vendredi. Les blocages pourraient être levés par Jacques Chirac, attendu en Inde en fin de semaine. Dimanche, le ministère de la Défense a dû reconnaître avoir perdu la trace de 30 tonnes d'amiante, retirées ou pas, à Toulon, du navire.

Un refus provisoire ?

Feu vert, ou énième blocage ? C’est en tout cas le deuxième scénario qui se profile après la décision de la Cour suprême indienne, lundi (13 février) d’interdire au Clemenceau de pénétrer dans les eaux territoriales du pays. Une interdiction qui court au moins jusqu’à vendredi. Les magistrats ont demandé à des experts de la marine de déterminer avant cette date la nature exacte des matériaux composant l’ex porte-avions français. Ils doivent déterminer si la fin du désamiantage et le démantèlement du navire au chantier Shree Ram Scrap Vessel d'Alang, dans l’Etat du Gujarat, sont conformes à la Convention de Bâle sur les déchets dangereux et aux lois indiennes sur l'environnement. La juridiction suprême a en outre interdit les manifestations et la publication d'opinions sur le démontage éventuel du Clemenceau. "Toute personne prise en flagrant délit, sera poursuivie pour outrage à la Cour", ont prévenu les juges.

Les magistrats se sont prononcé sur la base des conclusions d'une Commission de contrôle des déchets dangereux de la Cour suprême (SCMC) qui avait donné un premier avis défavorable le 6 janvier. Depuis, celle-ci est apparue divisée. Les autorités françaises avaient pourtant exprimé leur optimisme. Le dossier évolue "plutôt dans le bon sens", avait affirmé jeudi dernier à Paris le porte-parole du ministère de la Défense, Jean-François Bureau.

La décision intervient alors que le débat porte désormais sur la quantité d'amiante réellement contenue dans le navire (Lire plus bas), et que Jacques Chirac est annoncé en Inde en fin de semaine. Une visite qui pourrait débloquer la situation. Le "Clem" était interdit en Inde avant cette date du 13 janvier. L’ancien fleuron de la Marine nationale a quitté Toulon le 31 décembre dernier, au lendemain du rejet par le tribunal administratif de Paris des requêtes de quatre associations qui s'opposaient à son départ pour le chantier d'Alang. Le bâtiment, désarmé et dépourvu de moyens de propulsion, a été pris en remorque. Il se trouve actuellement en mer d'Arabie et devrait atteindre Alang début mars, s'il n'est pas refoulé d'ici là par les autorités indiennes.

Quelle quantité d'amiante ?

La France s'est-elle mise en infraction avec les lois européennes en choisissant la solution indienne, bien moins onéreuse ? Combien de tonnes d'amiante sont réellement contenues dans la coque du porte-avions ? Dans "Libération" (édition du 13 février), le responsable d'une entreprise de désamiantage parle d'au moins 250 tonnes au départ, et non 160 comme l'affirme le ministère de la Défense.

Selon l'Etat français, il resterait à bord du navire 45 tonnes d'amiante. Des chiffres contestés par la société Technopure qui a procédé à une partie du désamiantage et qui est aujourd'hui en litige commercial avec l'Etat. Selon elle, le Clemenceau contiendrait au moins dix fois plus de cette substance toxique. Elle affirme notamment que le sol du porte-avions est encore bourré d'amiante. L’Etat, lui, certifie que toutes les dalles au sol ont été changées depuis la construction du navire, qu'elles ne renferment plus d'amiante.

Autre sujet de discorde : les PCB, des substances cancérigènes utilisés comme retardateurs de flammes. Selon Greenpeace, le bateau en contiendrait de grandes quantités. Il n'y en a pas, assure de son côté le gouvernement. Bref, on entend tout et son contraire. Difficile de vérifier les informations puisque aucun audit indépendant n'a été réalisé. En tout cas, de nombreuses voix s'élèvent pour réclamer le retour du Clemenceau à Toulon.

Un dossier mal ficelé dès le départ

On peut retenir, en premier lieu, une trop grande confiance de la part de Paris. Même une forme d’arrogance, du style : "Pas de problème. Egyptiens du canal de Suez, ministres indiens, on ne vous ment pas. Faîtes-nous confiance ! Vous n’avez pas besoin d’un dossier ultra précis". Et parallèlement, la détermination de Greenpeace et d’autres associations voulant dénoncer en place publique un bateau contenant des déchets amiantés. La France a du s’expliquer sur le fait qu’elle exportait finalement des matériaux dangereux en violation de la convention de Bâle. Mais le flou des textes a permis de soutenir la thèse que le Clemenceau - devenu la coque Q790 - était toujours propriété d’Etat, et donc échappait a la réglementation.

Quant aux chantiers charges du désamiantage, à Alang, une mission envoyée d’urgence par la Marine nationale, est revenue avec de belles photos montrant des ouvriers bien équipés, bien encadrés, prêts pour le développement sur place d’une filière de démolition de navires. Ce qui, on s’en doute, n’a pas convaincu les écologistes, comme déjà la commission de la Cour suprême de New Delhi lors de son premier avis négatif. Rappelons enfin que pour vaincre le signe indien, le ministre de la Défense a précisé qu’en cas de demande officielle, les tonnes d’amiante retirées pourraient être rapatriées en France pour y être enterrées ou vitrifiées.

La Commission européenne a demandé à Paris des explications sur le démantèlement du Clemenceau, après avoir exprimé des doutes sur le respect de la légalité sur le transport des déchets dangereux. Au cas où la France, qui dispose d'un mois pour répondre, fournirait des explications jugées insuffisantes, elle s'exposerait à une saisine de la Cour européenne de Justice, et donc à d'éventuelles sanctions.
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Mercredi 15 février 2006 3 15 /02 /2006 12:02
Lors de l'audience du Conseil d'Etat du 13 février, le commissaire du gouvernement, Yann Aguila, appelé à se prononcer sur le recours des associations de défense des victimes de l'amiante qui souhaitaient bloquer le transfert du porte-avion Clémenceau vers l'Inde pour désamiantage, s'est clairement prononcé en faveur du retour en France du navire encore bourré d'amiante.

Le commissaire du gouvernement, a demandé que le jugement de première instance soit cassé, en invoquant une erreur de droit. En effet, le magistrat a expliqué que la coque du Clemenceau est un "déchet" au sens de la réglementation européenne, - et non pas un matériel de guerre comme le prétend le ministère français de la défense- tout simplement parce qu'il est destiné à la démolition. De plus, il est un "déchet dangereux" car il contient plus de 0,1% d'amiante, quelque soit l'évaluation -controversée- des quantités d'amiante qui reste à bord. Or la réglementation européenne interdit toute exportation de déchets dangereux vers les pays qui n'appartiennent pas à l'OCDE, et donc en particulier vers l'Inde.

D'après l'Andeva et le Comité Anti-amiante Jussieu, "cette position du commissaire du gouvernement constitue un grand pas vers le retour du Clemenceau en France. Si le conseil d'Etat suit l'avis du commissaire du gouvernement – ce que l'on saura dans la semaine – le Clemenceau ne devra pas pénétrer en Inde tant que le jugement du tribunal administratif sur le fond ne sera pas rendu. Dans ce cas il n'y aura alors plus guère de doute sur l'issue, car le désamiantage du Clemenceau en Inde constitue une violation manifeste de la réglementation européenne sur les déchets."

Les associations ajoutent :"Il serait grand temps que le gouvernement entende les appels des associations, de l'opininion publique, et maintenant des magistrats au respect du droit français, européen et international et qu'il rapatrie le Clemenceau en France pour qu'il soit désamianté dans des conditions qui ne portent atteinte ni à la santé des ouvriers ni à l'environnement."

De son côté, le ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, a annoncé qu'elle allait déposer plainte contre la société de désamiantage Technopure, les quantités d'amiante enlevées par elle faisant l'objet d'une polémique. Cette plainte ne fait qu'ajouter à la confusion régnant sur le sujet, le ministère ayant refusé jusqu'à présent tout audit indépendant sur les quantités d'amiante à bord du Clémenceau, et s'étant rendu compte la semaine dernière que 30 tonnes d'amiante à priori enlevée avaient disparu... Dans un éditorial, Le Monde a fustigé hier l'opacité de ce dossier et les erreurs commises côté français, titrant sur "la honte du Clém".
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Mercredi 15 février 2006 3 15 /02 /2006 22:45
Juste avant l'avis du Conseil d'Etat, rendu ce jour, confirmant le fait que le porte-avions devait être considéré comme un "déchet dangereux", non exportable, le Président de la République a ordonné ce qui devenait inéluctable: le retour programmé de la coque du Clem en France.
-"Le président de la République a décidé de placer ce navire dans les eaux françaises dans une position d'attente qui offre toutes les garanties de sécurité jusqu'à ce qu'une solution définitive soit trouvée pour le démantèlement", a indiqué l'Elysée dans un communiqué. Jacques Chirac a aussi demandé une contre-expertise"pour établir de manière incontestable les quantités d'amiante"  à bord du porte-avions désarmé. Le Président a souhaité que la question du démantèlement de navires comme le Clemenceau soit abordée "avec nos partenaires européens", en vue de l'établissement de "normes mondiales rigoureuses".
-Cette décision, tout comme l'avis du Conseil d'Etat, constitué une véritable bérézina pour le ministère de la défense, qui s'était opposé à ces arguments et avait expédié le porte-avion en Inde pour qu'il soit désamianté.
-La visite prévue de Jacques Chirac en Inde en fin de semaine rendait l'affaire de plus en plus embarrassante pour la France, coincée entre ses propres errements et ses grands discours sur l'environnement... La ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie a du ravaler son amour-propre et s'exécuter...

Mais l'affaire du Clémenceau est encore loin d'être finie. Car il faudra près de 3 mois pour qu'il revienne en France (il faut éviter le canal de Suez où il était resté coincé à l'aller!) puis des mois pour le désamianter complètement. Le tribunal administratif doit encore se prononcer sur son sort. Et une information judiciaire a été ouverte au parquet de Marseille afin d'enquêter sur des "irrégularités" suspectées par le ministère de la défense concernant la première phase du désamiantage, dont nul ne sait aujourd'hui sur combien de tonnes d'amiante il a porté.

Dans un communiqué, Geenpeace et la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) ont estimé que "le président de la République respecte le droit et interdit l'exportation d'un déchet toxique dans un pays en développement. C'est une victoire pour les travailleurs indiens et pour ceux de l'ensemble des chantiers de démolition de navires". Reprochant à l'Etat français d'avoir "tenté de passer en force" en "bafouant le droit international", elles exigent que le cas du Clemenceau fasse jurisprudence. "La France doit développer une filière de dépollution de ses navires en fin de vie, en concertation avec ses partenaires européens soumis aux mêmes obligations de dépolluer avant d'exporter", écrit Greenpeace.

Annie Thébaud-Mony, porte-parole de Ban Asbestos France, a estimé que "si le bateau était arrivé en Inde avant que le Conseil d'Etat puisse se prononcer, on risquait d'avoir une situation ingérable".

Voir l'ensemble de l'histoire et les dernières nouvelles du dossier du Clémenceau/amiante sur le site du Monde (voir le lien ci-contre, en bas)

Ci-dessous, les communiqués de ce jour de l'Andeva et du Comité anti-amiante Jussieu, sur cette décision.

15 février 2006
Communiqué n°1

Clemenceau: Enfin, le droit triomphe de la mauvaise foi du gouvernement

La décision rendue ce jour par le Conseil d’Etat suspendant le transfert de l’ex porte-avions Clemenceau pour y être désamianté puis démantelé permet enfin au droit de l’environnement de triompher de la mauvaise foi – et parfois des mensonges - du gouvernement français. Depuis plus d’un an, l’Andeva et le Comité anti-amiante Jussieu, en coopération avec Greenpeace et d’autres associations, se battent pour que la France respecte ses engagements internationaux en matière de gestion de ses déchets toxiques, ainsi que les réglementations européennes et nationale sur cette question. Tour à tour, nous avons alerté la ministre de la Défense, le Premier ministre et enfin le Président de la République des graves conséquences qu’entraînerait immanquablement le désamiantage du Clemenceau en Inde, c’est à dire dans un pays qui ne possède ni la réglementation, ni le savoir-faire pour réaliser une opération à hauts risques.
Depuis plus d’un an, nous n’avons eu de cesse de rappeler l’ensemble des réglementations en la matière.
Et depuis plus d’un an, ministre, membres de cabinets ministériels, hauts fonctionnaires n’ont eu de cesse d’inventer les arguments les plus fallacieux pour tromper l’opinion publique, la représentation nationale ainsi que les juridictions et empêcher ainsi l’application du droit.

Les associations sont donc satisfaites de l’arrêt du Conseil d’Etat. La portée de celui-ci dépasse de très loin la seule affaire du Clemenceau. Désormais, il est patent que la France devra se conformer au droit européen et, en particulier, au règlement du Conseil des Communautés du 1er février 1993 concernant la surveillance et le contrôle des transferts de déchets vers des pays qui ne possèdent pas la technologie pour en assurer le traitement. Il est également clair que tous les navires, de commerce ou de guerre, sont concernés. C’est donc une avancée considérable, compte tenu du grand nombre de navires en fin de vie qui doivent être recyclés. Nous souhaitons maintenant que la France, qui s’est couverte de ridicule sur la scène internationale, se rattrape en veillant à faire terminer le désamiantage de l’ex porte-avions dans des conditions exemplaires pour la sécurité des travailleurs et l’environnement.

Communiqué n°2

Clemenceau : l’heure des comptes
L’Andeva et le Comité anti-amiante Jussieu réclament une commission d’enquête parlementaire

Après la décision du Conseil d’Etat de suspendre le transfert de l’ex porte-avions Le Clemenceau et celle du Président de la République de le faire rapatrier, l’Andeva et le Comité Anti-amiante Jussieu attendent maintenant, avec beaucoup d’impatience, la vérité sur la quantité d’amiante restant à bord promise par Madame Alliot-Marie, ministre de la Défense.

Selon les informations en notre possession et les nombreux témoignages parus dans la presse, il existe, pour le moins, des doutes sérieux sur les chiffres de 46 tonnes d’amiante restant à bord de l’ex porte avions, comme sur ceux des 115 tonnes retirées, avancés à de nombreuses reprises par la ministre et son entourage, à la presse et à l’Assemblée nationale.

Tout d’abord, en ce qui concerne la quantité d’amiante enlevée : si l’on décompte les bordereaux de pesée des quantités d’amiante à l’arrivée au centre d’enfouissement, c’est 70 tonnes qui ont été expédiées suite au désamiantage effectué par la société Technopure. A cela il faut ajouter 8 tonnes enlevées après au cours du désamiantage complémentaire effectué par Prestosid, soit au total 78 tonnes. On est donc loin des 115 tonnes avancées par la ministre.

Quant à la quantité d’amiante présent dans le Clemenceau, ce qui est choquant, c’est que la ministre n’ait pas été capable d’avancer la moindre preuve sérieuse justifiant du chiffre de 160 tonnes qu’elle ne cesse de clamer depuis le début de cette affaire. Pourtant des documents existent. Il s’agit des estimations réalisées par les entreprises qui ont répondu à l’appel d’offre. Certaines d’entre elles qui ont fait des repérages précis, pièce par pièce, de l’amiante en place dans le « Clem », ont estimé la quantité à 250 tonnes pour le seul amiante friable. Que Madame Alliot-Marie rende publiques ces estimations et l’on verra bien alors qui dit la vérité !

Compte tenu de l’ampleur prise par cette affaire au niveau international, l’Andeva et le Comité anti-amiante Jussieu demandent la création d’enquête parlementaire pour faire toute la lumière sur la gestion calamiteuse de ce projet. Cela permettra peut-être d’y voir plus clair sur la quantité d’amiante restant à bord, et préparera le désamiantage final qui devra être effectué à Brest. Nous attendons également que toute la lumière soit faite sur le recours à une société écran de droit panaméen (SDI) et sur l’action précise de cette dernière. Nous attendons aussi les explications de la ministre sur les critères qui l’ont conduit à ne faire enlever que l’amiante visible et accessible, alors que des propositions ont été faites par des entreprises compétentes et expérimentées d’enlever la totalité de l’amiante.

Par ailleurs, les deux associations se constitueront partie civile dans la procédure judiciaire demandée par la ministre de la Défense sur les conditions du premier désamiantage effectué par la société Technopure à Toulon, et demanderont l’extension de la procédure à l’ensemble de l’opération.
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Mardi 21 février 2006 2 21 /02 /2006 09:00
Lu, sur le site www.lemonde.fr, cet article paru sur les problèmes futurs liés au rapatriement du Clémenceau.

Les tribulations du "Clemenceau" ne font que commencer

LE MONDE | 18.02.06 | 14h15  • 

Les tribulations de l'ancien porte-avions Clemenceau ne se sont pas achevées avec la décision de le rapatrier en France. En panne de contrat de remorquage, le navire n'avait toujours pas pris le chemin du retour vers Brest, vendredi 17 février, où il sera accueilli, dans quelque trois mois, avec des sentiments mêlés. Avec émotion par les marins qui ont servi à son bord, mais sans plaisir par le maire (PS), François Cuillandre, qui refuse la perspective de voir "la carcasse du Clemenceau pourrir dans un coin de la rade de Brest pendant un temps indéterminé".

Au ministère de la défense, on se garde de tout pronostic, tout en doutant de la possibilité de trouver rapidement un chantier prêt à se charger des travaux de désamiantage et de démantèlement. Le bateau se rend à Brest, et non à Toulon, eu égard aux "conditions de stationnement et de place disponible", et sera amarré dans le port militaire ou mouillé au large. L'assentiment du maire n'est donc pas nécessaire.

Plusieurs experts maritimes ont souligné que cette traversée, via le cap de Bonne-Espérance, risque d'être moins tranquille que le trajet aller par le canal de Suez. Le "Clem", qui offre une importante prise au vent, va devoir remonter l'Atlantique contre les courants, au moment où débutent les perturbations de l'automne austral.

A quel coût ? Le ministère de la défense rappelle que le convoyage du bâtiment vers l'Inde "n'a rien coûté au contribuable", puisqu'il a été pris en charge par le consortium Ship Decommissioning Industries (SDI) - lequel a acheté la coque 100 000 euros à l'Etat français -, et assure que le coût de son retour n'excédera pas 1 million d'euros. Une estimation très optimiste, selon certains experts, qui avancent un chiffre de 45 000 euros par jour, soit 4 millions d'euros au total.

La polémique sur ce point ne fait que commencer, comme celle sur les conditions de son désamiantage et de son démantèlement, et sur le tonnage d'amiante qui reste à bord. Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, qui sera entendue mercredi 22 février par la commission de la défense de l'Assemblée nationale, devra s'expliquer sur ces questions.

Interrogé le 8 février par la mission d'information de l'Assemblée sur les risques de l'exposition à l'amiante, l'amiral Alain Oudot de Dainville, chef d'état-major de la marine, a rappelé que le coût d'une telle "déconstruction" dans une filière française ou européenne avait été évalué - il y a trois ans - à "un minimum de 45 millions d'euros". Or le montant de la vente des 25 000 tonnes d'acier du navire pourrait atteindre 8 millions d'euros (au cours de 300 dollars la tonne).

"OCÉANISATION"

L'amiral a reproché aux associations écologistes de se fonder sur les seuls éléments apportés par la société Technopure, "évincée par SDI après des contrôles qualité insuffisants". D'autant qu'il manque 30 tonnes entre le poids officiellement retiré par Technopure du navire et celui pesé par le centre d'enfouissement de Bellegarde (Gard). D'où la décision de la ministre de la défense de déposer plainte, lundi. A un double titre : la responsabilité de Technopure serait engagée dans la disparition de ces matériaux, ainsi que dans "la disparition d'équipements de bord composés d'autres métaux non ferreux".

Au ministère de la défense, on déplore que les associations écologistes favorables à la filière indienne aient été peu entendues. L'association Robin des bois estime ainsi que le rapatriement duClemenceau "pourrait avoir des effets pervers : prolongement d'exploitation de navires hors d'usage ou revente avant ferraillage à des sociétés off-shore s'affranchissant du droit français".

Une fois revenu à Brest, que faire du Clemenceau ? Pour l'amiral Oudot de Dainville, "il n'existe pas d'alternative crédible en Europe et aux Etats-Unis" pour les navires de gros tonnage en fin de vie. Une option est de les vendre (deux cents bateaux de guerre l'ont été en 2004, selon la marine nationale), une autre de les couler. Les Américains, qui ont vainement tenté de faire démolir quatre navires de guerre par un chantier britannique, vont procéder à l'"océanisation" de l'ex-porte-avionsOriskany, en mai, dans le golfe du Mexique. Une frégate britannique a été immergée au large de la Cornouaille, en mars 2004. En France, le projet de couler le Clemenceau au large de Marseille avait été abandonné en 2002.
Lauren Zecchini.
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