Une opposition ferme à l'incinérateur de Fos

Publié le par NOUZILLE

A lire, cet article paru dans le Monde (www.lemonde.fr ) sur l'opposition croissante de la population au projet d'incinérateur à Fos-sur-mer.

La population se déplace en masse pour refuser l'incinérateur de Fos

LE MONDE | 16.01.06 | 14h01  •  Mis à jour le 16.01.06 | 14h01
MARSEILLE CORRESPONDANCE

Les opposants à l'implantation d'un incinérateur dans la zone de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) ont remporté une victoire symbolique, dimanche 15 janvier, en obtenant une participation importante — et une écrasante majorité de non — au référendum local que les maires avaient organisé dans trois communes directement concernées : Fos, Istres et Port-Saint-Louis-du-Rhône.

52,45 % de votants, sur un total de 43 413 inscrits, soit la majorité des électeurs inscrits, ont, en effet, refusé à 97,80 % que les élus de la communauté de communes Ouest-Provence soient dépossédés "de la maîtrise de l'évolution industrielle et environnementale de la zone de Fos". La question posée pour cette consultation locale portait officiellement sur les pouvoirs des maires, mais elle était sous-tendue par celle de l'incinérateur pour déchets ménagers que la communauté urbaine Marseille Provence Métropole veut implanter.

"PAS UN ZESTE D'INCINÉRATION"
L'enjeu majeur de la consultation était celui de la participation, étant acquis que ceux qui viendraient voter choisiraient massivement le "non". Avec 22 133 votants, les maires estimaient, dimanche soir, avoir gagné la partie et montré que leurs récentes manifestations s'appuyaient sur une "réelle volonté de la population", comme le proclamait le maire (PS) de Fos, René Raimondi. Ce sont les habitants les plus proches de l'infrastructure contestée, accusée de produire de la dioxine, qui se sont massivement mobilisés. A Port-Saint-Louis- du-Rhône, 67 % des inscrits se sont déplacés (99,15 % de non), quand seulement 45 % (12 275 votants) l'ont fait à Istres et 61 % à Fos sur Mer (6 583 votants). Ce vote révèle que la contestation, portée depuis des années par un mouvement associatif puissant et relayé par les élus locaux, majoritairement de gauche, va en s'amplifiant. En janvier 2003, l'Association de défense et de protection du littoral du Golfe de Fos (ADPLGF) avait organisé une première consultation à Fos contre l'implantation d'un incinérateur de Gaz de France : le non l'avait très largement emporté et 4 900 électeurs avaient participé à ce vote sans statut légal. Bernard Granié, président PS de la communauté Ouest-Provence, faisant allusion aux manifestations récentes dans la zone, ou devant la mairie de Marseille, lançait ainsi dimanche :"Jusqu'à présent, nous étions 500, puis 1000, puis 2 000. Nous pouvons dire désormais que nous sommes 22 000."

La contestation dépasse les clivages politiques traditionnels. Philippe Caisergues, maire non-inscrit de Port-Saint-Louis, commune communiste jusqu'en 1995, insiste : "Je suis non-inscrit, mais je m'inscris dans les combats justes. On ne peut favoriser le tri sélectif, l'énergie éolienne, soigner son patrimoine naturel et accepter l'installation sans aucune concertation d'une installation industrielle dangereuse." Dimanche soir, on pouvait le voir au côté de son rival, le conseiller général communiste Jean Marc Charrier.

Les maires des trois communes vont donc rencontrer le préfet et le président de la communauté urbaine et maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin, renforcés par ce référendum. Mais ils l'ont dit haut et fort : "Nous voulons bien négocier, mais nous n'accepterons pas un zeste d'incinération."Le rapport de force est d'autant plus important que chacun des participants au débat a compris que, si l'incinérateur ne pouvait s'implanter à Fos, il deviendrait à peu près impossible d'en implanter où que ce soit en France.

Michel Samson
Article paru dans l'édition du 17.01.06
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