Clémenceau: le feuilleton se poursuit

Publié le par NOUZILLE

Lu, sur le site www.lemonde.fr, cet article paru sur les problèmes futurs liés au rapatriement du Clémenceau.

Les tribulations du "Clemenceau" ne font que commencer

LE MONDE | 18.02.06 | 14h15  • 

Les tribulations de l'ancien porte-avions Clemenceau ne se sont pas achevées avec la décision de le rapatrier en France. En panne de contrat de remorquage, le navire n'avait toujours pas pris le chemin du retour vers Brest, vendredi 17 février, où il sera accueilli, dans quelque trois mois, avec des sentiments mêlés. Avec émotion par les marins qui ont servi à son bord, mais sans plaisir par le maire (PS), François Cuillandre, qui refuse la perspective de voir "la carcasse du Clemenceau pourrir dans un coin de la rade de Brest pendant un temps indéterminé".

Au ministère de la défense, on se garde de tout pronostic, tout en doutant de la possibilité de trouver rapidement un chantier prêt à se charger des travaux de désamiantage et de démantèlement. Le bateau se rend à Brest, et non à Toulon, eu égard aux "conditions de stationnement et de place disponible", et sera amarré dans le port militaire ou mouillé au large. L'assentiment du maire n'est donc pas nécessaire.

Plusieurs experts maritimes ont souligné que cette traversée, via le cap de Bonne-Espérance, risque d'être moins tranquille que le trajet aller par le canal de Suez. Le "Clem", qui offre une importante prise au vent, va devoir remonter l'Atlantique contre les courants, au moment où débutent les perturbations de l'automne austral.

A quel coût ? Le ministère de la défense rappelle que le convoyage du bâtiment vers l'Inde "n'a rien coûté au contribuable", puisqu'il a été pris en charge par le consortium Ship Decommissioning Industries (SDI) - lequel a acheté la coque 100 000 euros à l'Etat français -, et assure que le coût de son retour n'excédera pas 1 million d'euros. Une estimation très optimiste, selon certains experts, qui avancent un chiffre de 45 000 euros par jour, soit 4 millions d'euros au total.

La polémique sur ce point ne fait que commencer, comme celle sur les conditions de son désamiantage et de son démantèlement, et sur le tonnage d'amiante qui reste à bord. Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, qui sera entendue mercredi 22 février par la commission de la défense de l'Assemblée nationale, devra s'expliquer sur ces questions.

Interrogé le 8 février par la mission d'information de l'Assemblée sur les risques de l'exposition à l'amiante, l'amiral Alain Oudot de Dainville, chef d'état-major de la marine, a rappelé que le coût d'une telle "déconstruction" dans une filière française ou européenne avait été évalué - il y a trois ans - à "un minimum de 45 millions d'euros". Or le montant de la vente des 25 000 tonnes d'acier du navire pourrait atteindre 8 millions d'euros (au cours de 300 dollars la tonne).

"OCÉANISATION"

L'amiral a reproché aux associations écologistes de se fonder sur les seuls éléments apportés par la société Technopure, "évincée par SDI après des contrôles qualité insuffisants". D'autant qu'il manque 30 tonnes entre le poids officiellement retiré par Technopure du navire et celui pesé par le centre d'enfouissement de Bellegarde (Gard). D'où la décision de la ministre de la défense de déposer plainte, lundi. A un double titre : la responsabilité de Technopure serait engagée dans la disparition de ces matériaux, ainsi que dans "la disparition d'équipements de bord composés d'autres métaux non ferreux".

Au ministère de la défense, on déplore que les associations écologistes favorables à la filière indienne aient été peu entendues. L'association Robin des bois estime ainsi que le rapatriement duClemenceau "pourrait avoir des effets pervers : prolongement d'exploitation de navires hors d'usage ou revente avant ferraillage à des sociétés off-shore s'affranchissant du droit français".

Une fois revenu à Brest, que faire du Clemenceau ? Pour l'amiral Oudot de Dainville, "il n'existe pas d'alternative crédible en Europe et aux Etats-Unis" pour les navires de gros tonnage en fin de vie. Une option est de les vendre (deux cents bateaux de guerre l'ont été en 2004, selon la marine nationale), une autre de les couler. Les Américains, qui ont vainement tenté de faire démolir quatre navires de guerre par un chantier britannique, vont procéder à l'"océanisation" de l'ex-porte-avionsOriskany, en mai, dans le golfe du Mexique. Une frégate britannique a été immergée au large de la Cornouaille, en mars 2004. En France, le projet de couler le Clemenceau au large de Marseille avait été abandonné en 2002.
Lauren Zecchini.

Publié dans AMIANTE et les suites

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