Interview dans 20 Minutes
A lire ce jour dans le quotidien gratuit 20 minutes, rubrique Arguments, une interview de Vincent Nouzille sur le livre Les Empoisonneurs (www.20 minutes.fr et la page http://193.192.240.14/ee/20minf/default.php?pSetup=20minf, pages "Arguments", voir liens ci contre en bas de la colonne)
« La France ne fait pas de la santé publique une priorité »
Vous débutez votre livre par une phrase choc : « Au moins 800 000 personnes devraient mourir en France des effets de la pollution dans les vingt prochaines années». Comment êtes- vous arrivé à ce compte ?
- Ces chiffres proviennent destimations scientifiques. Je nai rien inventé, et il sagit même dun chiffrage minimal. Lamiante, à lui seul, doit causer 100 000 morts dici à vingt ans. Idem pour dautres substances chimiques en milieu professionnel ( formol, benzène, huiles toxiques ). Et la pollution urbaine devrait être responsable de 30 000 décès par an, par cancer du poumon ou par maladies cardio- vasculaires. Lobjectif nest pas deffrayer, mais de montrer quil y a une mortalité lourde liée à la pollution et que plusieurs de ces hécatombes sont évitables.
Les pouvoirs publics savent, mais font peu ?
- Les maladies professionnelles sont totalement sous- estimées. On reconnaît par exemple environ un millier de cancers professionnels par an, alors quil y en a sûrement entre 10 000 et 20 000.
Pourquoi une telle mésestimation ?
- Létat des lieux national de la santé est très imprécis. On manque de suivis de populations pendant plusieurs années, on n e recoupe pas les pathologies en fonction des régions et des pollutions locales
Quelles sont les causes de ce retard ?
- La médecine française est mieux formée au soin quà la prévention. On est très bon sur les virus, mais pas sur les maladies chroniques, peu visibles à court terme. Ensuite, les moyens sont insuffisants : la France manque de toxicologues, dépidémiologistes Enfin, notre administration ne fait pas de la santé une priorité.
Cest- à- dire ?
- Les ministères de la Santé et de lEcologie sont des quasi- gadgets. Quels sont leurs pouvoirs ? Lévaluation revient aux agences indépendantes, les moyens au ministère des Finances, et les grands projets à celui de lIndustrie. On a attendu 2003 pour lancer un plan cancer, mais il ny a toujours pas de registre national du cancer, et le budget du dépistage est misérable.
Les lobbys industriels sont aussi très actifs
- Je reproche moins aux industriels de vouloir vendre leurs produits à tout prix quaux autorités sanitaires de ne pas imposer les réglementations nécessaires.
Le projet de règlement européen Reach, qui vise à évaluer limpact de 30 000 substances chimiques, va- t- il changer la donne ?
Reach est une révolution car il rend les industriels responsables de la toxicité de leurs produits. Des pesticides sont vendus encore aujourdhui dans les jardineries alors quils sont interdits en milieu professionnel. On trouve aussi des produits de beauté garantis sans benzène. Bravo, mais pour les autres ?
La France est le mauvais élève européen
- Oui. Nous sommes le pays le plus condamné par lEurope pour non- respect des directives environnementales. En France, la médecine du travail nest pas assez indépendante, linspection du travail est en sous- effectif et pas toujours compétente. Les syndicats n e se mobilisent pas sur la santé publique, e t le patronat refuse daugmenter les cotisations sur les maladies professionnelles.
Dautres scandales comme ceux de lamiante sont donc à prévoir ?
- Ils sont déjà là, avec lozone ou les éthers de glycol, demain avec les pesticides ou le formol. LOrganisation mondiale de la santé a classé le formol produit « cancérigèn e certain » en juin 2004 ! Depuis, qua fait la France ? Rien. Pourtant, comme lamiante hier, il est omniprésent. On le trouve par exemple partout dans les meubles
Recueilli par Bastien Bonnefous. Paru dans l'édition du 12 décembre 2005.
« La France ne fait pas de la santé publique une priorité »
Vous débutez votre livre par une phrase choc : « Au moins 800 000 personnes devraient mourir en France des effets de la pollution dans les vingt prochaines années». Comment êtes- vous arrivé à ce compte ?
- Ces chiffres proviennent destimations scientifiques. Je nai rien inventé, et il sagit même dun chiffrage minimal. Lamiante, à lui seul, doit causer 100 000 morts dici à vingt ans. Idem pour dautres substances chimiques en milieu professionnel ( formol, benzène, huiles toxiques ). Et la pollution urbaine devrait être responsable de 30 000 décès par an, par cancer du poumon ou par maladies cardio- vasculaires. Lobjectif nest pas deffrayer, mais de montrer quil y a une mortalité lourde liée à la pollution et que plusieurs de ces hécatombes sont évitables.
Les pouvoirs publics savent, mais font peu ?
- Les maladies professionnelles sont totalement sous- estimées. On reconnaît par exemple environ un millier de cancers professionnels par an, alors quil y en a sûrement entre 10 000 et 20 000.
Pourquoi une telle mésestimation ?
- Létat des lieux national de la santé est très imprécis. On manque de suivis de populations pendant plusieurs années, on n e recoupe pas les pathologies en fonction des régions et des pollutions locales
Quelles sont les causes de ce retard ?
- La médecine française est mieux formée au soin quà la prévention. On est très bon sur les virus, mais pas sur les maladies chroniques, peu visibles à court terme. Ensuite, les moyens sont insuffisants : la France manque de toxicologues, dépidémiologistes Enfin, notre administration ne fait pas de la santé une priorité.
Cest- à- dire ?
- Les ministères de la Santé et de lEcologie sont des quasi- gadgets. Quels sont leurs pouvoirs ? Lévaluation revient aux agences indépendantes, les moyens au ministère des Finances, et les grands projets à celui de lIndustrie. On a attendu 2003 pour lancer un plan cancer, mais il ny a toujours pas de registre national du cancer, et le budget du dépistage est misérable.
Les lobbys industriels sont aussi très actifs
- Je reproche moins aux industriels de vouloir vendre leurs produits à tout prix quaux autorités sanitaires de ne pas imposer les réglementations nécessaires.
Le projet de règlement européen Reach, qui vise à évaluer limpact de 30 000 substances chimiques, va- t- il changer la donne ?
Reach est une révolution car il rend les industriels responsables de la toxicité de leurs produits. Des pesticides sont vendus encore aujourdhui dans les jardineries alors quils sont interdits en milieu professionnel. On trouve aussi des produits de beauté garantis sans benzène. Bravo, mais pour les autres ?
La France est le mauvais élève européen
- Oui. Nous sommes le pays le plus condamné par lEurope pour non- respect des directives environnementales. En France, la médecine du travail nest pas assez indépendante, linspection du travail est en sous- effectif et pas toujours compétente. Les syndicats n e se mobilisent pas sur la santé publique, e t le patronat refuse daugmenter les cotisations sur les maladies professionnelles.
Dautres scandales comme ceux de lamiante sont donc à prévoir ?
- Ils sont déjà là, avec lozone ou les éthers de glycol, demain avec les pesticides ou le formol. LOrganisation mondiale de la santé a classé le formol produit « cancérigèn e certain » en juin 2004 ! Depuis, qua fait la France ? Rien. Pourtant, comme lamiante hier, il est omniprésent. On le trouve par exemple partout dans les meubles
Recueilli par Bastien Bonnefous. Paru dans l'édition du 12 décembre 2005.
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